Mondialisation
Art & Culture

Mondialiser la responsabilité : Tentative indirecte de définition de la démocratie

Par Michel Portal

La mondialisation est à l’ordre du jour. Celle du marché se fait avec des points positifs sans doute, mais aussi avec un « fondamentalisme du marché » installé en maître inconscient.

S’il n’y avait qu’enrichissements, ce ne serait pas trop grave. Mais l’enrichissement conduit à une inimaginable concentration des pouvoirs en quelques mains. Concentration contraire à tout esprit démocratique et surtout concentration entraînant l’impossibilité matérielle d’assumer les responsabilités réelles qui vont avec les pouvoirs.

Cela provoque de multiples gaspillages, l’usure de notre planète. La misère matérielle, au sud, et, morale au nord, pour une majorité d’humains.

Pour arrêter cela, nous devons promouvoir la mondialisation de la responsabilité. Quelle société pourrait se passer de responsabilité? Et ce, d’autant moins que la société se veut au service de la liberté. La responsabilité est en effet la contrepartie de la liberté. Plus de libertés, en d’autres termes plus de pouvoirs, entraînent plus de responsabilités. Vouloir la liberté de chacun, c’est vouloir sa responsabilité, sauf à tomber dans l’incohérence.

La mondialisation de la responsabilité concerne tous les groupes humains, toutes les institutions, tous les organismes existants; et pas seulement certains groupes puissants!

Chaque « organisme » de l’espèce humaine, au-delà des machines, des stocks et des capitaux, est un groupement de personnes. L’individu y est « l’organisme-unité ». Qu’en est-il de leurs relations?

Le problème n’est pas nouveau mais des failles dans la réciprocité entre les participants sont observables. Divergences et conflits sont choses normales dans tout groupe mais les solutions ne prennent pas toujours le meilleur chemin. La fraternité dont l’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 nous fait obligation, fait souvent défaut : même dans les plus petits des groupes: les couples. Les « meilleures » familles restent imparfaites. Les associations, à but lucratif ou non, humanitaires ou autres, les entreprises – multinationales, petites ou moyennes-, les corporations professionnelles – nouvelles ou traditionnelles-, les écoles – des maternelles aux universités-, les communes et autres divisions administratives ou politiques d’état, les syndicats les plus divers, les partis de tous bords, les églises monothéistes ou non, les institutions laïques ou encore athées ou agnostiques, celles qui sont philosophiques ou même scientifiques souffrent des mêmes maladies, parfois gravissimes.

Tous les groupements de personnes, des plus petits aux plus grands, manquent de partage du pouvoir et des responsabilités : des pouvoirs s’accumulent sur certaines têtes qui n’arrivent plus à assumer les responsabilités concomitantes . Le besoin d’évolution des organisations du point de vue de la communication, est général.

Même dans les états, démocratiquement les plus avancés de la planète, les citoyens qui pourtant possèdent un statut identique « sur le papier » n’ont pas pouvoir et responsabilité idéalement partagés. Et A.é.r.é., association dont sont issus ces travaux, n’échappe pas aux critiques.

Partout la réciprocité est en souffrance et parfois la violence éclate au sein d’organismes dont le rôle est de promouvoir la paix. Bref, « quelque chose ne va pas » et souvent, depuis longtemps si ce n’est depuis toujours.

Des reproches qui autrefois semblaient ne toucher que des organismes sectaires, totalitaires ou mafieux atteignent aujourd’hui les constructions humaines les plus vénérables ou généreuses dans leurs buts.

Des ONG bien intentionnées se voient reprochées des attitudes « staliniennes ». Des groupes sérieux, mais également des congrégations de grandes religions, tentent de réduire certains de leurs membres au silence. On met des gens au « placard ». Des églises de réputation mondiale imposent, contre leur gré, des ministres à leurs fidèles. Des entreprises réputées se laissent corrompre. Des syndicats dont la base ne reconnaît plus les chefs font scission. Des partis ayant opté pour la démocratie fraudent les élections, imposant parfois, contre le vrai choix de leur base, des candidats « parachutés » qu’ils « tiennent » par ailleurs. Parfois, c’est le peuple lui-même qui acclame son dictateur.

Y a-t-il quelque chose à faire?

Observons le point commun de toutes nos vicissitudes.

Premièrement un dialogue doit exister, sans exclusion et sans a priori, entre toutes les organisations humaines : aucun humain ou groupe ne peut être exclu de l’humanité. Il s’agit donc de créer la rencontre, l’échange, la réciprocité quand elle n’existe pas encore.

Ce premier pas nécessaire ne suffit pas. Dans toutes les rencontres ou réunions, nous repérons des défauts communs; vous, comme nous, pouvez observer ces phénomènes. Ils durent depuis toujours ou des siècles, mais doivent tomber « en voie de disparition », si nous voulons vraiment vivre ensemble.

Avant même toute discrimination économique ou sociale, fréquemment la parole est injustement partagée, inégalement considérée. Certains membres sont accueillis « d’avance »; d’autres refusés avant qu’ils ouvrent la bouche. Des mépris s’expriment au grand jour ou de façon hypocrite, sans qu’il y ait réaction de « hors jeu » de l’ensemble du groupe.

On observe des réunions où la communication demeure à sens unique. Un seul ou quelques-uns monopolisent la parole; les autres se taisent, bavardent, chahutent, restent indifférents ou sont apeurés.

Des menaces sont parfois tolérées. Des insultes banalisées. Des sanctions injustes admises. Et pour finir la violence peut apparaître même dans des assemblées de représentants du peuple ou de la divinité.

Sans aller jusqu’à ces extrémités, parfois les moqueries, surtout lorsqu’elles sont fines, sont tolérées.

Trop de gens pensent encore qu’il est naturellement correct de couper la parole à autrui. Or ceci n’est admissible que lorsque l’intervenant a dépassé sa part de temps de parole.

Malheur aux lents qui prennent plus de facteurs en compte: ils risquent d’apparaître comme des idiots dans un monde qui sacrifie à la vitesse. Oubliée la question de la qualité des relations humaines dans l’action rapide. Regardez la différence de comportement entre nous, piétons, ou nous, automobilistes.
Trop oubliée même la simple politesse. Oublié le principe des excuses à chaque fois qu’une erreure est commise. Des erreurs, nous en faisons tous. La rareté des excuses que nous observons, n’est ni réaliste, ni scientifique, ni honnête, ni juste.
En faisant ce genre d’actions nous agissons comme si, au fond, « la fin justifiait les moyens ». Nous restons discrètement en état de guerre intérieure, attachés au « rapport de force » qui, s’il n’est plus toujours physique (loi oblige), reste admis via l’intellect.

Le caractère déterminant des facteurs humains, individuels et inter-individuels, est globalement nié ou minoré. La compétition, sur des bases biaisées (tricherie, mensonge, déloyauté) fait rage.

Nous avons aussi fait une observation d’ordre plus philosophique: la nécessité d’une relative priorité accordée à l’individu sur le groupe dans les assemblées.

Pourquoi? L’individu n’a pas le temps pour lui. Il sera peut-être mort demain, il est dans une certaine urgence. L’organisation, elle, possède davantage la durée, elle peut attendre un peu. Si « la liberté de chacun commence où s’arrête celle des autres », celle des autres, celle de l’intérêt général, doit s’arrêter un tout petit peu avant celles des individus à un moment donné.

En écrivant cela, nous touchons le point hyper-sensible du lien entre personne et collectivité, celui du pouvoir en place…. Mais n’est-ce pas nécessaire? Pour rester réalistes, il convient de rester éveillés et non pas figés sur des réponses toutes faites, légalisées. L’appel à la conscience, à l’intime conviction, à notre ressenti est incontournable dès qu’on se trouve en face d’une situation imprévue ou inédite, pour laquelle, par nature, il ne peut encore y avoir de loi.

Dans toutes les réunions ou rencontres, des plus quotidiennes aux plus solennelles, un échange, une expression et une écoute plus attentive, de son ressenti et des autres, s’impose. L’objectif éthique de respect et de considération généralisés, débouche sur beaucoup plus qu’attendu:

Libération de la créativité par baisse des peurs et augmentation de la confiance entre participants.
Meilleur climat entraînant des coopérations plus efficaces dans toutes les entreprises commerciales ou non (administrations, écoles, ONG,…)
Sur le plan social et politique, si chaque réunion va plus loin, on avance vers « davantage de démocratie ». Davantage de démocratie a toujours été la solution aux maladies de la démocratie.
Une meilleure réciprocité de la communication entre nous est la base d’une meilleure répartition des pouvoirs, et des responsabilités qui vont avec. Ca commence par un effort très personnel :

« Ecouter jusqu’au bout « quelqu’un-qu’on-ne-peut-pas-sentir » ou qui nous agace, est une action pratique de paix », comme le dit Cornelio Sommaruga, président du Comité International de la Croix-Rouge pendant treize ans.

Auray, le 12 03 02 Michel Portal

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